Son Histoire, son patrimoine

 Son histoire : POINTIS de Rivière viendrait de Pointe de Rivière


La monographie de M. Saulé instituteur 1886
La Chapelle de Cabanac

Une implantation romaine est attestée et, au XII ème siècle, Pointis appartient aux vicomtes de Lomagnes. Il constitue le siège d’une châtellenie qui comprend Ardiège, Cier-de-Rivière, Huos, labarthe et Martres. Lorsque celle-ci disparaît, plusieurs de ces villages sont intégrés à celle de Sauveterre. En 1280 une charte, inspirée de celle de Saint Gaudens, lui est attribuée. En 1301, Pointis fait partie des quelques villages du Comminges qui continuent à dépendre de la sénéchaussée de Toulouse, après que le Comminges est rattaché à la couronne. C’est l’une des onze communautés qui constituent alors le petit Comminges

Sous le régime féodal, un réseau de nombreux châteaux forts établi le long des Pyrénées. Seuls quelques vestiges de celui de Pointis subsistent ; l’origine de cette forteresse remonteraient au XIIème ou XIIIème siècle. Elle est alors la propriété des vicomtes de Lomagne, seigneurs de Pointis. Vers le milieu du XVème siècle, la châtellenie de Pointis disparaît. Le donjon n’a alors plus d’utilité et il n’est plus entretenu. Les pierres servent vraisemblablement de matériau de construction aux habitants du village, et le tremblement de terre qui secoue les Pyrénées en 1660 a sans doute contribué à sa dégradation.

Des moulins sont mentionnés dès 1215. Celui-ci est l’un des trois qui étaient implantés sur le territoire du village. Le patronyme du dernier propriétaire lui reste associé, et le toponyme du site sur lequel il est construit signifie « terrain sablonneux ». Désormais désaffecté, il est la propriété de la commune. Sur l’une des façades, une marque indique la hauteur atteinte par les eaux lors de la crue de 1875.

Elle atteint la partie supérieure des fenêtres.

Eglise St Pierre 1806

Au XVIIIème siècle, l’ancienne église est relativement éloignée du centre du village. Aussi fait-elle régulièrement l’objet de vol et de déprédations. En 1780, l’autorité diocésaine opte pour une nouvelle construction au milieu des habitants. Le lieu choisi est la parcelle immédiatement contiguë au presbythère, construit en 1750. Afin de réunir les fonds nécessaires, les consuls et les habitants se réunissent en cession extraordinaire. Ils décident de vendre l’île communale située dans le lit de la Garonne, non loin de Notre Dame de Cabanac. La vente est réalisé en 1789 au profit de la commune de Bordes, située de l’autre côté du fleuve. Après de nombreuses difficultés, les travaux sont terminés en 1806.

Saint Jacques XVIème siècle Pointis de Rivière est implanté sur l’un des nombreux itinéraires qui sillonnent le piémont pyrénéen en direction de St Jacques de Compostelle. La paroisse entretient une dévotion particulière envers ce saint, et une confrérie est établie à son nom. La chapelle latérale qui contient cette statue lui est dédiée. Saint Jacques est représenté en pèlerin avec son bourdon et son chapeau chargé de coquilles. Sa tête est abritée sous un dais en forme de coquilles. Sa posture l’a parfois fait confondre avec une représentation de Saint Roch.

Sainte Germaine fin du XIX ème siècle église Saint Pierre

Germaine Cousin, sanctifiée en 1867 a vécu à Pibrac entre 1579 et 1601. Cette bergère a consacré sa vie à prier Dieu dans les champs et à faire la charité. Négligée par son père, elle est durement maltraitée par sa marâtre qui ne peut souffrir ses infirmités. Reléguée à la bergerie avec ses moutons, elle meurt dans la solitude . Ce tableau met en évidence la vie de Sainte Germaine.

En 1843  Emile DUPLEICH est l'auteur d'un dictionnaire Patois.
Emile Dupleich est un instituteur du canton de Saint Bertrand, devenu canton de Barbazan en 1888. Peut-être natif de Pointis de Rivière, qui concerne de nombreuses traces patronymiques, il réside en 1842 à Martres de Rivière. En 1843 il publie à St Gaudens son dictionnaire Patois-Français, qui est un choix de mots « à l’usage de l’arrondissement de Saint Gaudens » édité en format de poche, ce « calepin », comme il l’appelle, comporte 7 000 entrées. Quarante ans après  les Gasconnais corrigés de Desgrouais, paru en 1801 il n’entend pas protéger ni promouvoir un patrimoine linguistique, mais il souhaite se mettre au service « du langage national, qui mérite d’être la langue dominante ». L’enseignement primaire, en langue française, avait été généralisé en 1833. Ce dictionnaire a été réédité en 1991 et 1999.

Chapelle de Cabanac 1855. Cette chapelle excentrée est située au milieu d’une prairie en bordure de Garonne. Elle est érigée sur l’emplacement d’un édifice ancien, dont l’origine remonte au moins au XIVème siècle. Une épidémie de pourpre, vraisemblablement la scarlatine, sévit en 1638. Une famille, dont huit membres viennent de mourir, se rend en procession à Notre Dame de Cabanac, et l’épidémie est interrompue. Cet évènement suscite un pèlerinage mensuel. Laissée à l’abandon juste avant la révolution, la chapelle est détruite. Seul un pan de mur subsiste jusqu’en 1855, année au cours de laquelle elle est reconstruite. Les pèlerinages reprennent alors leur procession……

En 1886, l’instituteur du village, M. SAULE, rédige une monographie de la commune dans laquelle il dresse un état des lieux de la société villageoise : agriculture, alimentation, enseignement…

(Extrait de la monographie de la commune de Pointis de Rivière)

Vers le milieu de la fertile et ravissante plaine qui s’étend de St-Gaudens à Montréjeau se trouve le charmant village de Pointis de Rivière, mollement assis sur la rive droite de la Garonne. Compris avant 1790 dans le Comté du Comminges, il fait aujourd’hui partie du département de la Haute Garonne et est situé à l’extrémité septentrionale du canton de St Bertrand et à l’ouest de la ville de St Gaudens, son chef lieu d’arrondissement.

Il est  à 1° 44 de longitude ouest et à 44°5 de latitude nord et  est borné à l’est par les communes de Labarthe et Martres de Rivière au sud ouest par Huos, à l’ouest et nord par la Garonne qui les sépare des communes d’Ausson  de Ponlat de Taillebourg Clarac et Bordes de Rivière. Ce fleuve forme la seule limite naturelle de la commune de Pointis ; partout ailleurs elle est déterminée par  une ligne conventionnelle.

La superficie  du territoire est de 617 hectares et la plus longue ligne droite qu’on puisse tracer entre ses extrémités le plus éloignées  est de  4850 mètres. Sa largeur est fort variable à cause des sinuosités que trace la Garonne : dans la partie sud où le fleuve fait un grand circuit en s’éloignant vers le nord pour réunir vers le sud, elle est de 2620 mètres, plus loin, elle varie entre mille et quatorze cent mètres. Pointis se trouve à dix kilomètres de St Bertrand son chef lieu de canton à 11 kilomètres de St Gaudens et 99 kilomètres de Toulouse. Il  n’a pas de montagnes mais son territoire se divise en 2 régions : la partie haute et la partie basse. La première de beaucoup plus étendue que l’autre forme une espèce de plateau élevé de 20 à 25 mètres au dessus du  niveau ordinaire de la Garonne. Ce plateau présente Généralement une surface  très unie sauf à l’est ou l’on aperçoit quelques légères ondulations de terrains. La partie basse se trouve à peine à trois ou quatre mètres au dessus du fleuve. Ces inégalités de niveau jointes à une culture très variée rompent la monotonie qu’on rencontre d’ordinaire dans les pays de plaine. De la région haute où se trouve presque toute la partie bâtie de la commune et les terres de labour, le regard s’étend sur les vastes prairies sillonnées de nombreux canaux d’irrigation et plantées de peupliers à la cime pyramidale qui occupent à peu près toute la partie basse. La nature du terrain varie sensiblement dans les divers quartiers, mais presque partout on trouve que le calcaire et le sable dominent et constituent un terrain assez léger très perméable de par conséquent exposé à la sécheresse pour peu que la pluie se fasse attendre en été  Dans la partie basse,  la couche végétale contient plus d’argile, mais en creusant à 1m, 1.50m de profondeur on trouve le sable ce qui semble indiquer que cette région a été occupée d’une époque, plus ou moins reculée par le lit de la Garonne. D’ailleurs depuis moins de 80 ans ce lit a été plusieurs fois déplacé dans certains quartiers d’après les renseignements fournis par les vieillards de la localité.

Le territoire de Pointis de Rivière est baigné sur toute sa longueur par la Garonne. Ce fleuve coule d’abord dans la direction du nord ouest. Il se divise alors en deux bras inégaux et forme une île boisée et cultivée d’un hectare et demi environ de superficie, puis découvrant une demi-circonférence, dont la convexité est tournée vers l’ouest. Il revient vers le sud-est mais ses eaux rencontrent bientôt les berges de la région haute en face du village qui se dressent comme d’immense falaises et prend alors sa direction définitive du nord-est en formant néanmoins de nombreux méandres.

Le débit de la Garonne à Pointis de Rivière était de 22 mètres cubes, le 2 avril 1885 mais le fleuve n’ayant pas partout le même courant ce débit varie d’une manière sensible dans les différents quartiers. Il varie surtout considérablement suivant les saisons. C’est ordinairement au mois de mai et de juin qu’ont lieu les plus fortes crues, rarement cependant, elles régénèrent en inondations. La plus considérable et aussi la plus désastreuse dont les habitants de Pointis aient gardé le souvenir est celle du 23 juin 1875. Les eaux couvrent alors une grande partie de la région basse du territoire. Presque toutes les prairies   furent submergées des chemins vicinaux longeant le fleuve, des terrains et des arbres communaux et d’autres appartenant aux particuliers furent emportés. Deux moulins complètement détruits. Les rues de la partie haute furent creusées à la base, des éboulements se produisent et l’on vit des enclos situés non loin de la Garonne tout à fait dégradés par suite de ces éboulements. Heureusement les pertes ne furent que matérielles et la population réunie sur les berges put contempler sans danger mais le cœur navré de tristesse les ravages du fléau dévastateur, qui fit tant de victimes dans d’autres parties du département et principalement à Toulouse. Les dégâts causés par ma terrible inondations de 1875 étaient-ils à peine réparés lorsque le 5 juin 1883 après une pluie abondante de vingt quatre heures, les eaux de la Garonne s'élevèrent  tout à coup et quoiqu’elles n’atteignissent pas la hauteur où elles étaient arrivées huit années avant. Les pertes occasionnées par ce débordement furent très considérables. Presque tout le foin fut vasé, des terrains et des arbres furent encore emportés et une grande digue à pierre à chaux et à sable que le propriétaire du moulin de Rodère avait fait construire depuis 1875 pour prendre les eaux nécessaires à son usine fut également renversée.

A part ces deux inondations qui se sont produites à huit années d’intervalle on ne se souvient pas à Pointis que les crues de la Garonne aient occasionné des pertes sérieuses. Celle de 1865 dont parlent certains chroniqueurs passa ici presque inaperçue.

Ce n’est que lorsque le fleuve est arrivé à son étiage c’est-à-dire au mois d’août et de septembre  et pendant les grands froids de l’hiver qu’on trouve quelques gués praticable. Le reste de l‘année le volume d’eau est très considérable et le courant trop rapide pour qu’on puisse passer à l’autre sans le secours d’un bateau ou d’une barque. La Garonne est le seul cours d’eau qui baigne le territoire de Pointis ; mais elle alimente deux canaux dont les eaux bienfaisantes vont porter la fraîcheur et la fertilité dans les belles et vastes prairies occupant la partie basse. L’un de ces canaux prend sa source à l’ouest de la commune au quartier de Passaouin. Il arrose la prairie de Camon, de l’Eglise. L’autre  commune au nord du village au quartier du Poujidieu. Répandre ses eaux au moyen d’une infinité de ramifications dans les prairies communales de Camon de Cabanac Lanlade Devant Cabanac et Cancaîn et deux fois par semaine le lundi et le dimanche dans celles de M. Lassus de Montréjeau situées presque en entier dans le territoire de Labarthe.

De nombreux  puits creusés sur les divers points de la commune fournissent aux habitants une eau assez saine. La profondeur des puits varie entre vingt et trente mètres. On prétend qu’ils sont alimentés par les infiltrations de la Garonne. Au quartier de Saloua au pied de la berge escarpée de ce nom, et sur et le bord du fleuve jaillit une source d’un débit de cinq litres par minutes et dont l’eau très limpide est bien plus agréable à boire. Aussi les vieillards  y sont nombreux et la jeunesse rigoureuse est active au travail.

II

La population de Pointis qui était de 924 habitants lors du recensement de 1885 a varié de la manière suivante depuis 1841 :










Elle était de 1123 à cette dernière date

1171 en 1846

1222 en 1851

1080 en 1856

1080 en 1856

1044 en 1851

1026 en 1866

978 en 1871

949 en 1876

884 en 1886

En comparant  les résultats de ces derniers recensements on voit que la population a augmenté jusqu’en 1851 quatre ans après ce dernier dénombrement le choléra sévit dans la commune et fit environ 65 victimes de plus l’année ou éclate cette épidémie et les suivantes. Il y eut un grand nombre d’habitants des deux sexes qui émigrèrent en Amérique. Des foyers jadis anémiés par des familles nombreuses restèrent déserte. Depuis cette époque la population a continué à diminuer et le décroisement s’accentue de plus en plus. On doit l’attribuer à deux causes principales

1°) A l’excédent des décès sur les naissances ainsi en 1884 le nombre des décès constatés sur les registres de l’état civil s’est élevé à 28 et celui des naissances a été de 14 seulement. Aussi ne voit-on plus comme autrefois des familles nombreuses composées de huit, dix et même de douze enfants

2°) au mouvement qui se produit dans nos campagnes vers les grands centres et vers le nouveau monde. Malgré le charme la beauté de son site la douceur de son climat et l’admirable fertilité de son sol la commune a vu chaque année plusieurs de ses enfants entrainés  par la soif des richesses, aller demander aux grandes villes et aux pâturages de l’Amérique le bien être que leurs aïeux savaient trouver dans les lieux mêmes qui les avaient vu naitre. On peut cependant constater que depuis deux ou trois ans le nombre des émigrants a diminué sensiblement.

Le village de Pointis est assez aggloméré. Il comprend deux groupes principaux :

1°) La partie centrale bâtie  sur deux rues qui se coupent en forme de croix et à laquelle se rattachent les quartiers de la Prade et des Caoubet et quelques écarts. 

2°) Le hameau du Brocas distant de la Mairie de deux kilomètres environ. Le premier groupe compte 209 maisons, 226 ménages et 902 habitants. Il est à remarquer que la population de ce dernier quartier n’a pas  varié depuis  1841. Il y a actuellement dans la commune 279 électeurs civile et militaire.
L’administration municipale est ainsi organisée M. Dulon, maire assisté d’un seul adjoint M. Lubas les  autres conseillers municipaux sont Mrs Lassère Léon, Féraut François, Laguens Basile, Carthéry François, Rey Adolphe, Laguens Emilie, Trey Jacob, Dupleich Jean, Cave Irénée, Dore Pierre. Il y a un seul garde champêtre, un tambour effecteur, deux instituteurs et deux instituteurs sous le signe du culte la commune est actuellement desservie par un seul prêtre. Jusqu’en 1853 elle avait aussi un vicaire qui desservait en même temps Martres de Rivière. A partir de cette époque les deux communes furent séparées quant au culte et le vicaire alla résider dans cette  dernière localité. Pointis fait partie de la perception de St Bertrand et du bureau de Montrejeau pour le service postal et télégraphique.
La valeur du centime est de 55.75 et les revenus ordinaires de la commune se composent :

1°) des  produits des cinq centimes additionnels  ordinaires,

2°)des produits des fermes et de chasse et la taxe municipale des chiens ,

3°) du prix des fermes des biens ruraux consistant en deux propriétés en nature de prés

4°) de 1163 francs de rentes sur l’Etat,

5°) du produit de la vente des feuilles mortes et de quelques autres petites recettes, ce qui donne un revenu total ordinaire évalué à 2080 francs par le budget de 1889 non compris les sommes spécialement affectées aux dépenses des chemins vicinaux et de l’instruction primaire.

Ces recettes sont à peine suffisantes pour les besoins de la commune, qui a à sa charge une dépense moyenne de 1000 francs par an, soit pour payer l’impôt, soit pour entretenir les canaux d’irrigation  des prairies communales.

III

Le territoire de la commune d’après la statistique agricole de 1882 se répartis de la manière suivante : 










Terre labourable ………………………….................................................        422 hectares
Prairies naturelles irriguées……………..............................................        145 hectares
Prairies naturelles non irriguées et vergers...................................          12 hectares
Vignes basse…………………………….....................................................           ½ hectare
Jardins potagers………………………....................................................            6 hectares
Parcs…………………………………….........................................................            1 hectare

Superficies non cultivées
Par des communaux plantés d’arbres et livrés au pâturage............           6 hectares
Superficies bâties chemins vicinaux et
ruraux voie ferrée canaux etc……………………..................................           20 hectares

A Pointis comme dans le reste de la jolie plaine de Rivière le sol est d’une fertilité remarquable. Les principales productions de la partie labourable sont : les céréales, les pommes de terre et les haricots dont le rendement  par hectare et la quantité totale sont évalués de la manière suivante :

Les prairies naturelles presque toute irriguées sont encore pour la commune une source de revenus, L’une d’elles d’une étendu de 60 hectares produit en moyenne 5450 quintaux de fourrage. Les autres bien plus étendues sont livrés à la dépaissance après la première coupe et produisent 6400 quintaux de bon foin. A ces productions il faut encore ajouter celle de jardins et des arbres fruitiers dont les principaux sont le pommier, le poirier, le prunier, le noyer, le figuier, le châtaignier et quelques rares pêchers. La nature du terrain est très  favorable au châtaignier et au noyer. Les pommiers y sont peu vigoureux sauf dans quelques bas-fonds où le sol est assez profond et assez consistant. On les plante d’ordinaire dans les champs et ils n’y durent que quelques années.

Les procédés de culture sont à peu près les mêmes à Pointis que dans les autres communes des environs de St Gaudens. L’assolement triennal est généralement adopté par tous les propriétaires.

A la récolte du blé succède le seigle et après le seigle viennent le maïs et les haricots que l’on sème ensemble ou les pommes de terre. On a encore comme récoltes intermédiaires le sarrazin et le trèfle qui succèdent immédiatement au seigle et que l’on sème au mois de juillet. La terre ne se trouve donc jamais sans récolte  mais grâce à la quantité de fumier d’étable qu’on y porte au moins tous les deux ans elle n’est jamais épuisée. Les instruments agricoles et principalement la charrue se sont bien perfectionnés depuis quelques années.
La moisson se fait à la faucille tranchante ou à la faux et le dépiquage  s’opère au moyen des batteuses mues par la vapeur : le fléau et la gaule sont à peu près abandonnés

Pointis n’a pas de forêt ni de bois proprement dits mais on y trouve beaucoup d’arbres soit dans les communaux soit dans les propriétés particulières et principalement dans la partie basse. Le peuplier l’aune, le chêne et le frêne sont les essences les plus communes. Il n’y a qu’une seule vigne basse d’un demi-hectare environ ; mais  dans les champs on voit de nombreuses rangées de vignes hautes appelées pour cette raison hautains. Les ceps sont élevés de 2 mètres à 2m50 et soutenus ordinairement par des érables. Le vin  que ces vignes produisent est clair et peu tonique mais agréable au goût. Il n’est pas suffisant pour la consommation de la commune. L’oïdium que l’on combat pour le soufre est la seule maladie qui ait attaqué nos hautaines, le phylloxéra n’y a pas encore fait son apparition. La commune de Pointis est renommée pour le nombre et la qualité des animaux domestiques qu’on élève.

Il constitue avec les céréales l’aisance dont jouissent la plupart des habitants. Le recensement annuel fait au mois de janvier dernier a permis de constater qu’il y avait à ce moment dans la commune

12 chevaux hongres 

10 juments poulinières

26 juments mulassières

7 mulets dont trois de moins de 1 an

10 poulains ou pouliches au-dessus  de 3 ans

On compte actuellement 65 bœufs destinés à l’engrais et 720 vaches. Le nombre de veaux vendus annuellement aux marchés de Montréjeau et de St Gaudens peut-être évalué à 560. Ce qui donne au moins un revenu de 56000 francs à l’année. On engraisse aussi beaucoup de porcs et de volailles.

Le territoire de Pointis est giboyeux, les lièvres surtout y sont excessivement rares. A peine si les chasseurs peu nombreux d’ailleurs trouvent quelques cailles et quelques autres oiseaux de passage, tels que bécasse, canards sauvages, poules d’eau etc.

Le poisson est plus abondant que le gibier : On pêche dans la Garonne la truite, le barbeau, le goujon et dans les canaux, aussi les pêcheurs des communes voisines surtout ceux de la ville de Montrejeau viennent souvent avec leurs lignes, visiter nos rives et jeter leur appât au poisson que la plupart laisseraient frétiller tranquillement dans les  eaux du fleuve presque toujours limpides.

Pointis n’a ni mines ni carrières et depuis l’inondation de 1875, il ne reste plus qu’un moulin appartenant à plusieurs propriétaires et que les eaux  de la Garonne mettent en mouvement. La position du village se prêterait merveilleusement à l’établissement de manufactures mais la population, tout occupée de la culture de la terre n’a jamais songé à l’industrie une autre source de bien-être. Il y a dix ou douze années on aurait pu croire, cependant  que la fabrication des tricots au métier allait prendre une certaine extension dans la commune. Ayant ce genre d’industrie est complètement abandonné.
Les voies de communication sont nombreuses est faciles dans la commune de Pointis. Des chemins vicinaux larges et bien entretenus sillonnent toute l’étendue de son territoire et le relient à la belle route départementale du Bazert et à la route nationale N125 Toulouse à Bagnère de Luchon.

Ce sont ces mêmes chemins et routes qui favorisent ses relations avec les chefs-lieux du Canton, de l’arrondissement et du département. Pointis est d’ailleurs traversé par la partie sud de son terrotoire  par la voie ferrée de Toulouse à Bayonne et se trouve à 4 kilomètre de l’importante gare de Montréjeau et à 2 kilomètres et demi de la station de Martres de Rivière. Presque tous les transports à long cours se font par le chemin de fer. A peine trouve-t-on encore quelques charrettes attelées de chevaux ou de mulets portant le vin que nous fournissent les plaines de Muret et de Toulouse.
Le commerce local consiste uniquement dans la vente des denrées et des nombreux animaux bœufs vaches et veaux qu’on engraisse et qui alimentent en partie les foires, les marchés de St Gaudens et de Montréjeau. Le produit de ces revenus suffit d’ailleurs largement pour assurer le bienêtre l’acteur et intelligente population de Pointis.
Les mesures métriques sont généralement adaptées. On fait aussi quelques usages pour l’évaluation des travaux de maçonnerie de la canne carrée qui vaut 3.20 m2

Le village de Pointis comme on l’écrivait il y a environ 150 ans doit son nom à un pont qui a existé sur la Garonne pour relier la rive droite à la belle vallée s’étendant de l’autre côté vers les coteaux cultivés qui la bornaient au nord. Nul ne sait aujourd’hui quelle est la cause de la destruction de ce pont, ni a quelle époque il cessa de joindre les deux rives. Mais les vieillards se souviennent avoir vu dans le lit du fleuve, quand les eaux étaient basses les restes des piliers. Un de ces tronçons  de maçonnerie qui avait bravé la fureur des flots peut-être pendant de sèches et cause le désespoir de nombreux rameurs conduisant des radeaux fut nivelé il y a 50 ans par les soins de l’administration.

Quand au mot « rivière » il a dû être ajouté au nom de la commune a cause de sa position dans la plaine. Pareille addition  pour quatre  autres villages situés dans la même  plaine : Cier de Rivière, Martres de Rivière, Labarthe de Rivière et Villeneuve de Rivière.

« Avant la révolution la communauté de Pointis dit un acte sur un parchemin en date du 27 août 1738, était en usage de nommer quatre conseils à chaque fête de Saint Jean et de la Noël portant livrée rouge et noir deux syndics, deux estimateurs un conseil politique, composé de seize membres et quatre gardes publics soit pour veiller sur les dommages du bien public.

On sait aussi que cette communauté était comprise dans le Comminges et relevait pour la justice de la sénéchaussée de Toulouse  et pour les finances de la cour ces comptes de Montpellier.

Lorsque l’Assemblée nationale eut fait disparaître en vertu de la loi du 22 décembre 1789 les limites des unièmes problèmes pour donner à la France une organisation nouvelle, Pointis fit partie du district de St Gaudens et du Canton St Bertrand. Cette commune a été administrée depuis cette époque par des maires qui se sont succédé ’après l’ordre chronologique suivant :

1797 Dore Dominique
1808 Peyreigne 
1819 Cave Louis Paul
9 janvier 1825 Dore Jean Louis
              1840 Save Bertrand
13 avril 1848 Manent Jean
 
Président de la commission municipale
20 VII bre 1848 Save Bertrand Guy
11 VII 1852 Dore Jacques
25 VII bre 1853 Laguens J M Etienne
24 VIII bre 1858 Cave Irénée
11 Mars 1863 Cazeaux Bertrand Conseiller

Municipal remplis ont les fonctions de maire
8 mars 1864 Dore Vincent
4 VII bre 1870 Manent Jean

Président de la commission municipale
14 mai 1871 Save Léon
23 janvier Dulon Pierre

Parmi les nombreuses traditions Pointis qui se sont transmises les générations de cette localité la plus intéressante et aussi la plus accréditée est celle qui rapporte à l’origine de la commune. D’après cette tradition, Pointis aurait été fondé vers le 14ème siècle. Un autre village aurait existé avant cette époque sous le nom de Cabanac à 2 km plus loin, en suivant le court de la Garonne, moins important que le bourg actuel, le village aurait été abandonné suivant les uns, à la suite d’une bataille qui se serait livrée à cet endroit entre les armées du Comte de Foix et du Vicomte de Mébouzan, combat qui fut suivi de la complète destruction de ce hameau. Suivant une autre version une terrible épidémie sévit au milieu de cette population et fit un grand nombre de victimes. Les survivants quittèrent ces parages pestiférés pour se fixer à l’endroit où se trouve aujourd’hui le village. Ce qui donne un caractère de vraisemblance à ce récit qui a traversé les générations. C’est vers 1820, ses familles que l’on pratiqua pour niveler le terrain dans ce quartier qui a conservé la dénomination de Cabanac découvrirent en grand nombre de squelettes humains très bien conservés et couverts sous une couche de chaux. Ces ossements semblaient avoir appartenu pour la plupart à des personnes que la mort était venu surprendre dans un âge peu avancé. Les dents surtout étaient encore d’une blancheur éclatante.

Avant 1894 on voyait dans ce même quartier un pan de mur démantelé que l’on disait être les restes de l’ancienne église de Cabanac et que le temps semblait avoir respectés pour être un témoin de ce que fut jadis ce lieu.  Sur l’emplacement  s’élève aujourd’hui une chapelle très spacieuse dédiée à la Vierge, elle fut édifiée vers 1856. A la tradition que je viens de raconter sont venues s’ajouter un grand nombre de légende qui témoignent de ce qu’étaient l’ignorance et la superstition du peuple dans les temps reculés.

De tout temps les habitants de Pointis ont aimé le chant, parfois même les poètes lyriques n’ont pas fourni un aliment suffisant à leur humeur joyeux et des enfants de ce lieu ont composé des chansons patoises aussi remarquables par leur malice que par les airs harmonieux qu’ils ont su y adapter. Aujourd’hui la commune a l’agrément de posséder un Orphéon sous le mérite et le talent ont déjà été quatre fois couronnés.

Pointis dit-on avait possédé des châteaux féodaux, il ne reste plus de ces demeures seigneuriales qu’une tour à base carré et haute environ de quinze mètres. Elle se trouve au quartier du «Campaouan » et à quelques mètres de la rive escarpée de la Garonne. C’est là d’ailleurs le seul monument qui mérite d’être signalé.

Avant 1854 la commune n’avait pas de Mairie et les archives étaient déposées chez le maire. Chaque fois que ce magistrat était changé, elles étaient portées chez son successeur. Beaucoup de documents importants ont dû ainsi disparaître. Aussi il n’existe aucune pièce aujourd’hui qui puisse établir ce qu’a été le village dans le passé. On y trouve seulement les registres depuis l’année 1672.

Annexe au titre IV

Enseignement

Les recherches faites dans les archives de la Mairie et les enseignements fournis par des personnes avancées en âge permettent d’affirmer qu’il n’avait pas existé à Pointis d’école communale de garçons  avant l’année 1834. Jusqu’à cette époque l’instruction était donnée par des hommes plus ou moins lettrés qui réunissaient chez eux en hiver, quelquefois le jour, mais plus souvent pendant la veillée. Un certain nombre d’enfants a qui ils apprenaient à lire, à écrire et à faire les premières opérations d’arithmétique.

Le 5 février 1834, le comité local de l’instruction primaire fut invité en vertu de l’art. 21 de la loi du 22 mars 1833 à se réunir pour présenter les candidats parmi lesquels le Comité d’arrondissement devait choisir l’instituteur communal. Les membres du Comité local, considérant que le nombre des enfants en âge de fréquenter l’école qui s’élevait à 13 était trop considérable pour confier à un seul maître décida de demander deux instituteurs communaux.

Mais le Conseil municipal, appelé à donner son avis sur cette demande déclara que le budget ne permettait pas de payer deux maîtres et décida qu’il n’en serait demandé qu’un seul. M. Ricaud Dominique enfant de Pointis qui exerçait depuis deux ans comme instituteur libre, fut nommé instituteur communal. Il remplit ces fonctions jusqu’au mois de janvier 1853. Il fut remplacé par M. St Paul qui ne resta qu’un an dans la commune et eut pour successeur M. Labat. Le dernier quitta l’enseignement au mois de juin 1856. M. Fort vint alors et ne fit qu’un court séjour dans  la localité. M. Géraud prit possession de ce poste le 15 décembre 1857 et l’occupa jusqu’au 10 mars 1870 l’époque où j’ai eu l’honneur de lui succéder. L’instruction des filles avait été encore plus négligée que celle des garçons jusqu’en 1830. A peine trouvait-on quelques jeunes personnes sachant lire bien rare étaient celles qui savaient écrire leur nom. Vers 1830  Mlle Euphronie Ricaud sœur de l’instituteur de même nom, dont j’ai parlé, maitresse pleine d’intelligence et même de savoir, et qui a laissé le meilleur souvenir dans la commune ouvrit une école libre. Cette école se transforme bientôt en pensionnat et reçut non seulement les jeunes filles de la localité ; mais aussi beaucoup d’élèves qui venaient de bien loin chercher les bienfaits  d’une bonne éducation chez Mme Ricaud, qui était aidée dans sa tâche par ses deux sœurs brevetée comme elles. Ce pensionnat résiste un certain temps, même avec quelques succès, puis on ne reçut plus que les enfants de la commune. Melle Euphronie Ricaud mourut le mois de septembre 1872 ; alors ces deux sœurs se chargèrent de la direction, de cette écoles que subsistera jusqu’au mois d’août 1880. Huit mois avant avait été créée l’école publique dont la première maitresse fut Mme Céline Villa  aujourd’hui directrice à Toulouse. Au mois d’octobre 1882 Melle Cazaux actuellement Mme Baudéon vint la remplacer et elle a exercé ses fonctions dans cette commune jusqu’au 10 avril 1895 époque où Melle Justine Galy est venue lui succéder.

Les locaux où se réunissent les garçons et où loge l’instituteur titulaire appartiennent à la commune. Cette maison construite de 1803 à 1814 n’avait été faite que pour un seul maitre, aussi y manque-t-il le logement  pour l’adjointe. Il y a deux salles de classe distinctes, l’une située au rez-de-chaussée et l’autre au premier  étage  au dessus de la première. Ce qui présente quelques inconvénients. Le matériel scolaire est neuf pour les deux classes et les tables sont à deux places et conforme aux réglementaires. L’école possède aussi un jardin et une belle cour avec un préau couvert.

L’école des filles est moins bien partagée que celle des garçons. Les locaux occupés soit par le logement des maitresses soit par la salle de classe appartiennent à un particulier. Le logement de l’instituteur titulaire se compose de deux chambres  et celui de l’adjointe d’une seule petite pièce contigüe à l’unique salle de classe qui existe pour les deux maitresses. La construction d’une école des filles s’impose donc avec la plus impérieuse nécessité.

Ici comme dans la plupart de nos campagnes la fréquentation scolaire laisse bien à désirer pendant la belle saison c’est principalement dans les mois de juillet d’octobre et au commencement de novembre. On ne peut pas dire cependant qu’il y ait de l’indifférence ou du mauvais vouloir chez les parents, mais les bras manquants pour les travaux agricoles. Ils sont obligés de s’aider de leurs enfants et de les emmener avec eux dans les prés et dans les champs au lieu de les envoyer à l’école. Malgré ces absences l’état de l’instruction est assez satisfaisant 48 enfants ou jeunes gens sont déjà pourvus du modeste titre de certificat  d’études primaires. Depuis quelques années on ne compte plus de conscrits illettrés et en 1883 et 1884 sur 20 conjoints natifs de la commune un seul et c’était une fille n’a pas su signer son nom.

En ce qui témoigne encore hautement de la grande importance que la riche population de Pointis attache à l’instruction, ce sont de nombreux titres universitaires que les gens des deux sexes ont acquis dans ces dernières années.

On compte dans la commune, deux licenciés es sciences physiques et mathématiques et un bachelier es sciences deux bacheliers es lettres. Il y a aussi deux jeunes hommes  et douze demoiselles pourvus du brevet simple ou supérieur pour l’enseignement grammaire.

L’école des garçons possède une bibliothèque composée de livres destinés aux familles. Elle fut fondée en 1879 au moyen d’une souscription,  Avec cette somme  on achètera une belle armoire bibliothèque et 74 volumes. A ce petit noyau sont venus s’ajouter trente autres volumes donnés par M. Cave. En 1882 le Conseil ayant voté 50 francs, on fit l’acquisition de 20 autres ouvrages

Enfin une concession ministérielle en date du 17 avril 1883, composée de 22 ouvrages porta  à 149 le nombre de volumes possédés par la bibliothèque. Il n’existe pas à Pointis de caisse des écoles mais les filles comme les garçons ont une caisse d’épargne scolaire où ils déposent leurs petites économies.

Malgré les sacrifices que vient de s’imposer la commune pour l’achat du mobilier de l‘école des garçons, il lui reste encore à faire beaucoup pour se pourvoir d’une maison d’école pour les filles et du logement de l’instituteur adjoint. Ces constructions occasionneraient une dépense de quinze à 18000 francs. Malheureusement le budget communal est si pauvre qu’il est bien à craindre que le statu quo ne se prolonge longtemps, à moins que le gouvernement ne puisse prendre à sa charge la plus grande partie de cette dépense.

  Fait à Pointis de Rivière le 1er juin 1886.

L’instituteur M. Saule

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NOTICE HISTORIQUE

SUR

LA CHAPELLE DE CABANAC

Dédiée

AN. – D. DU MONT CARMEL

DANS LA PAROISSE DE POINTIS DE RIVIERE

 

Ce document est  la copie agrandie d’une  famille du village

L’époque de la parution pourrait se situer entre 1865 et 1880.

Il a paru  intéressant de la faire connaître à tous ceux qui par le passé ont aimé la chapelle, comme à ceux qui le découvrent aujourd’hui.

 

PREMIERE PARTIE

Historique de la Chapelle primitive.

Entre les deux petites villes de Saint-Gaudens et de Montréjeau, au milieu de la belle plaine de rivière, à trois kilomètres à droite de la route de Bagnères-de-Luchon, au sein d’un des gracieux méandres de la Garonne, on apercevait, il y a peu d’année un reste de mur démantelé. La Providence l’avait laissé comme un témoin vivant de ce que fut jadis ce lieu. Le temps respectait ce débris des siècles passés, dont la solidité semblait défier le fer du téméraire destructeur qui eût tenté de le démolir. Ce lieu n’avait-t-il pas à sa garde un ange tutélaire ? Le cœur immaculé de Celle qui y fut honorée ne pouvait permettre que le dernier souvenir d’une place qu’elle avait choisie, qu’elle avait aimé et où elle avait souvent révélé sa puissance, se perdît à jamais et s’effaçât de la mémoire des hommes.

Aussi le pieux visiteur qui aurait eu la curiosité de connaître l’histoire de ces décombres et de savoir quelle avait été leur destinée, n’aurait eu qu’à s’adresser au premier homme de peine qu’il eut rencontré aux environs, il aurait entendu le récit suivant :

Le pan de mur que vous voyez, est un reste d’une chapelle dédiée à Notre-Dame du Mont Carmel. Elle fut célèbre autrefois ; de nombreux pèlerins y affluaient, et la Sainte Vierge y opérait de fréquents miracles. Hélas ! Les mauvais jours nous ont déshérités de ce sanctuaire aimé de nos pères. Délaissée quelques années avant  la révolution de 1789, la chapelle  fut détruite de fond en comble pendant la  révolution, à l’exception du pavillon qui se tient debout, et qui semble protester contre la mutilation dont elle a été l’objet. Cet emplacement subit le sort des pairies environnantes et devint propriété communale jusqu’en  1837, époque à laquelle eut lieu un partage.

La chapelle - car son survivait à ses malheurs – échut à un honnête propriétaire qui la possède.

 aurait du s’arrêter la narration du paysan. Il avait fourni au voyageur des documents connus.

Mais depuis 1854, une phase nouvelle s’est ouverte, et le tronçon de muraille déserte mérite une mention historique, puisqu’il a vu de nouveaux matériaux se grouper autour de ses flancs creusés. La pieuse chapelle, grâce au désintéressement du propriétaire, qui a cédé le terrain, et au zèle des habitants de Pointis-de-Rivière, qui ont contribué selon leur position et leurs ressources, la chapelle, dis-je est relevée de ces cendres.

II

Maintenant voici l’histoire de notre saint monument recueillie dans de vieux  parchemins conservés par la famille Dore (Jean-louis-Nicolas), et dans les souvenirs de vieillards respectables qui avaient fréquenté la chapelle avant sa destruction. Ces témoignages méritent considération. L’historique des pèlerinages de Maire abonde de faits analogues. Pourquoi refuser ici à la Sainte Vierge un pouvoir qu’on lui accorde ailleurs ? Les assertions de nos témoins, renommés par leur bon sens et leur piété, présentent les caractères de véracité qu’on est en droit d’exiger en pareille matière.

III

La fondation primitive de la chapelle de Notre Dame du Mont Carmel de Cabanac, remonte à la fin du XIVème siècle. Une touchante tradition ra conte que la Sainte Vierge elle-même choisit l’emplacement et donna l’idée d’y ériger un oratoire en son honneur.

L’église paroissiale du village de Cabanac (1) possédait une statue de la Vierge-Mère. C’est celle qu’on a vénérée longtemps dans l’église de Pointis et qui vient d’être  réintégrée dans son antique sanctuaire.

(1)    Le village de Cabanac, détruit au milieu du XVème siècle, fut rebâti à deux kilomètres plus loin, en remontant la Garonne près du pont depuis longtemps démoli, d’où est venu le nom de Pointis de Rivière Optidum pontis riparioe.

Au grand étonnement du curé et de ses paroissiens, au matin, la statue fut trouvée sous un buisson à fleurs blanches, à cent cinquante pas de l’église du côté de l’orient. Bien qu’on ne sut expliquer ce phénomène, personne ne crut à un prodige. On replaça la madone sur un piédestal à l’église, et le soir, afin de ne pas être dupe de quelque supercherie, les portes furent soigneusement fermées. Cependant le lendemain, au lever de l’aurore, malgré les précautions prises, à l’ébahissement de tous, la statue fut encore retrouvée sous le buisson. Le miracle, une chapelle où Marie fit des choses merveilleuses et surnaturelles   n’auraient pu commencer par l’imposture, le miracle de la translation se renouvela pendant plusieurs jours quoiqu’on prît toutes les mesures pour l’empêcher. La volonté de la Mère de Dieu était manifeste. C’était assez à un siècle de foi pour l’exécuter. Dans un temps restreint, les murs furent couronnés d’un faîte, et la statue miraculeuse fut installée dans le lieu qu’elle avait choisi. Hic habitabo quoniam elegi eam.

Depuis par des faveurs signalées qu’elle avait réellement fait choix de ce sanctuaire pour étaler sa puissance. Qui pourrait raconter les grâces nombreuses de toute espèce qu’elle y départit ? Ce pèlerinage devint si renommé, qu’on y venait de Marseille, de Bordeaux de Toulouse et même d’Espagne. Cependant on était loin à cette époque de posséder les faciles moyens de transport dont on dispose aujourd’hui.

Les nouvelles également circulaient avec plus de difficulté. Ce qui prouve la célébrité incontestable dont a joui  Notre-Dame de Cabanac, puisque malgré tant d’obstacles son renom a retenti jusqu’en Espagne et aux deux points opposés du midi de la France, Bordeaux et Marseille. Ah ! Si quelque ex-voto, échappé au ravage des temps, fût parvenu jusqu’à nous, il confirmerait la tradition orale qui nous apprend que des matelots égarés dans le lointain des mers avaient dû leur salut à l’invocation de la madone de Cabanac, et qu’ils étaient venus la remercier en déposant  un hommage à ses pieds ; que celui-ci fut redevable de la santé, celui-là de sa conservation dans un péril imminent ! Les témoignages officiels de ces grâces n’existent plus nous n’avons pu que recueillir leur souvenir sans nom de la bouche de quelques vieillards. Mais nous ajoutons foi à ces récits en vertu de ce principe : qui peut plus peut moins. Le paragraphe suivant nous en fournit d’ailleurs la preuve.

IV
 

Deux traits saillants ont surnagé au débris des âges. Nous les recueillons avec une pieuse avidité. C’est un double témoignage que nous sommes heureux de transmettre à la postérité. Quelque âme pieuse ou pécheresse y puisera peut-être  une tendre confiance qui lui attirera la protection de notre Mère.

Le premier fait nous a été garanti par un homme tout dévoué à la Sainte Vierge, qui tenait de M. Bascans, de Valentine, décédé pendant la Restauration, lequel avait vu et reçu en sa maison les parents de la  personne  qui avait miraculeusement retrouvé la santé par l’intercession de Notre Dame de Cabanac. Une jeune demoiselle de Toulouse, âgée de 19 ans, était depuis longtemps une proie à une maladie dangereuse. La médecine n’y pouvait rien. Dans la douleur, le père et la mère vinrent la recommander à la madone de Cabanac. On dit même que de fort loin avant d’arriver à la chapelle, ils se traînèrent sur leurs genoux portant à la main un cierge destiné à la Sainte Vierge. Au moment où ils faisaient offrande, leur fille à Toulouse, à la distance de 100 kilomètres, était subitement guérie. Chaque année, jusqu'à la démolition de la chapelle, les pieux pèlerins reconnaissants se rendirent à Cabanac pour fêter l’anniversaire du rétablissement de leur enfant.

Le second prodige s’opéra sur un petit enfant. La personne qui me l’a rapporté n’a su m’indiquer ni le nom de l’enfant, ni le pays d’où il était. Cet enfant vivait dans un état de langueur alarmant. Les parents s’attendaient à le voir expirer de faiblesse ou d’inanition. Mus, cependant par un sentiment de piété, ils convinrent de faire l’élévation, l’enfant se trouva parfaitement rétabli.

Deux autres évènements d’un nombre différent, mais qui prouvent la puissance de la douce mère , se rattachent à l’histoire de son bien-aimé sanctuaire.

En l’année 1683, un fléau –le pourpre- ravageait la contrée et faisait grand nombre de victimes, spécialement au bourg de Pointis-de-Rivière. Nous avons trouvé dans les registres jusqu’aà huit morts dans une famille. La population était aux abois. Dans cette extrémité, le curé et les habitants organisèrent une procession à Notre Dame de Cabanac qui fut immédiatement réalisée. Cet acte de dévotion toucha le cœur de Marie, et le fléau s’éloigna.

A une époque postérieure, les prétendues richesse de la chapelle tentèrent la cupidité de mariniers qui passaient. La Garonne baignant les murs, il était aisé de tout enlever et de n’être pas surpris. Ils amarrent leur radeau, et à la faveur de la nuit ; ils s’emparent de la cloches et d’autres objets. Munis de leur butin, ils  se hâtaient de fuir ; mais à peine avaient-ils placé les objets de leur sacrilège larcin sur le radeau, que le radeau sombra. Les mariniers périrent dans l’eau, à l’exception d’un seul qui avait refusé de participer à leur vol.

V

Maintenant nous touchons aux jours néfastes de notre vénéré pèlerinage. Les bienfaits que la paroisse avait reçus de Notre-Dame de Cabanac, avaient porté le curé et les fidèles à solliciter de l’autorité diocésaine la permission d’aller en procession à la chapelle, les premiers dimanches du mois. Ce pieux usage était religieusement observé. Malheureusement, un curé mort quelques temps avant la révolution profita de son ascendant sur la population pour abolir cette sainte pratique. Comme il était fils du Seigneur de l’endroit, et qu’il se chargea de bâtir à ses frais une chapelle attenant à l’église paroissiale, personne n’osa réclamer ni résister. Dès lors Notre Dame de Cabanac fut abandonnée. Il paraît néanmoins que la translation de la statue ne se fit pas sans  quelques accidents singuliers. On prétend que trois fois la Sainte Vierge s’en retourna à son sanctuaire chéri, et que pour la déterminer à le quitter, on dut aller la chercher en procession. La procession eut lieu, en effet, et la madone ne déserta plus la nouvelle habitation où on venait de la transférer. Mais le marguillier qui fut chargé par le curé de porter la statue, fut saisi d’un tremblement des mains continuel jusqu’à sa mort. Cette agitation nerveuse fut regardée comme un châtiment ; cependant cet homme avait protesté à la Sainte Vierge qu’en la retirant de son bien-aimé séjour, il subissait l’injonction du curé qui le lui ordonnait. Ceux qui m’ont conté cette particularité, avaient vu et connu ce pauvre marguillier.

Pendant la révolution, un prêtre natif de Pointis, devenu consul de la commune, vendit les matériaux de la chapelle. Il ne resta sur place que la partie du mur qui fait face au couchant, et dont il a été question plus haut.




  

SECONDE PARTIE

Histoire de la reconstruction de la Chapelle

I

En 1853, le choléra ravagea une partie de la France, et plongea sans le deuil des contrées entières. Ce fléau se montrait si implacable et si capricieux que personne ne pouvait se flatter d’être à l’abri de ses atteintes. Cependant Pointis de Rivière fut en quelque sorte miraculeusement épargné. Valentine d’un côté, à 6 kilomètres,  comptait soixante-dix morts enlevés en quelques jours ; d’un autre côté, Huos, à 2 kilomètres, en comptait trente ; entre les deux, au midi, Ardiège avait perdu en trois semaines soixante-dix personnes : Pointis durant ce temps de mortalité effrayante dans les localités environnantes, n’eut pas un seul malade. La protection de Dieu et de la Sainte Vierge l’avaient évidemment préservé.

Mais on n’était pas sans crainte pour l’anniversaire  de cette catastrophe. Les hommes de l’art prétendent que le choléra ne disparaît jamais sans un retour. On n’était donc pas rassuré, et chacun se préoccupait de la réapparition du fléau. Avec quel empressement n’eut-on pas accepté une panacée. Le seigneur l’offrit à la paroisse de Pointis : ce Palladium fut Notre Dame de Cabanac.

II

Voici comment les choses se passèrent :
 


L’emplacement de l’ancienne chapelle, nous l’avons déjà fait observer, appartenait à une honorable famille du village, en vertu du partage communal effectué en 1837. Elle possédait ce modique héritage, sans songer que les murs de la chapelle seraient un jour relevés, et que la Sainte Vierge recevrait en ce lieu de nouveaux hommages. Il en devait être ainsi important ; et après soixante-quinze ans, la Madone devait être réinstallée dans ce sanctuaire.

Pendant le mois de mai 1854, le respectable chef de la famille dont nous avons parlé, eut spontanément l’idée de céder le terrain de la chapelle afin qu’on la reconstruisît. Mais il ne communiqua son dessein à personne. Sa digne compagne eut la même inspiration à la même époque. Elle garda scrupuleusement son secret. Un de leurs fils consacré au service des autels, résidant à Toulouse dans une communauté, conçut le même projet. Quelques jours après, ayant eu occasion de se rendre auprès de sa famille il lui fit part de l’idée qui lui était venue. Alors son père déclara qu’il avait eu une pensée semblable ; sa mère fit le même aveu. Ne s’étant nullement concertés, cette coïncidence les surprit et les encouragea. Ils pensèrent que la Sainte Vierge avait inspiré le dessein de cette œuvre et qu’elle lui serait agréable. Tous les membres de la famille goûtèrent cet avis. D’un commun accord, il fut convenu qu’on proposerait l’affaire à M. Le Curé. Le dimanche suivant, celui de la famille qui est honoré du sacerdoce, était autorisé à proposer publiquement du haut de la chaire la reconstruction de la chapelle de Cabanac.

Difficilement on se figurerait l’enthousiasme que cita cette simple ouverture qui n’avait été hasardée que timidement et avec précaution. Chacun promit de contribuer au pieux édifice de ses bras et de sa bourse. Une commission fut nommée dans le but de régler les journées et de recueillir les aumônes. Durant les travaux, il y a eu rivalité de zèle. Tous, jusqu’aux plus pauvres, sont venus porter leur pierre et leur obole. Daigne la Reine du Ciel les bénir et les récompenser.

III

L’œuvre n’eût pas été solide s’il n’y avait eu quelques contradictions. Elles ne manquèrent pas. Il s’agissait de la Sainte Vierge, le démon ne pouvait rester impassible. Mais il fut bientôt confondu. Etait-il de force, malgré sa rage, à lutter contre celle qui a broyé sa tête ? Marie triompha. C’est un secret qu’il est bon révéler pour la glorification de notre douce mère.

Les difficultés qu’on soulevait n’étaient pas sérieuses, cependant elles pouvaient amener du retard. Alors une personne offrit un cœur d’argent comme ex-voto à Notre Dame la Noire de la Daurade, à Toulouse. Ce cœur renfermait une supplique qui fut agréée au trône de la Reine des Anges. Ceci se passait au mois de Janvier 1855. Le 2 février suivant, on bénissait solennellement la première pierre et on inaugurait les travaux. Sans croire au miracle, ne peut-on pas dire qu’il y a là quelque chose de surprenant ?

La chapelle actuelle est en sens inverse de l’ancienne. L’autel est à l’ouest, tandis que dans la première il était à l’orient. Le chemin qui mène à la chapelle a nécessité cette modification. L’allée gracieuse qui y conduit à partir de ce chemin, due aux soins de M. Etienne Laguens, alors maire, est bordée de peupliers, près desquels serpente une onde limpide, symbole des dons célestes que la Sainte Mère de Dieu répand en ce lieu de prédilection.

Les derniers travaux d’embellissement intérieur de la chapelle  ont été dirigés par M. l’Abbé Barrère, curé de la paroisse de Pointis de Rivière, et par M. Vincent Dore, maire de la commune.

La bénédiction solennelle a été faite en présence de tous les habitants, qui étaient heureux d’assister à cette cérémonie religieuse et de rentrer dans un sanctuaire qui fut cher à leurs pères, le dimanche dans l’octave de l’Ascension de Notre Seigneur, le 28 mai 1865.

Comme la chapelle de Cabanac est dédiée à Notre dame du Scapulaire ou du Mont Carmel, une instruction sur la confrérie du Scapulaire, qui est érigée dans ladite chapelle, est le complément indispensable de la notice qui précède. Nous allons la donner d’après un Manuel imprimé à Paris en 1769

 

De nos jours, grâce aux bénévoles,  la restauration minutieuse de la petite  chapelle de Notre Dame de Cabanac donne à ce lieu un charme et une beauté particulière.  La chapelle de notre Dame de Cabanac représente aujourd’hui le témoignage  vivant de l’histoire.



 


 

 
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